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Les Girls de Lauren Greenfield

A travers l'exposition itinérante "Girls and American Body" qu’on pouvait voir à la FNAC Toulouse du 30 novembre 2009 au 16 janvier 2010, Lauren Greenfield nous livre sa vision acerbe du rapport des femmes américaines à leur corps.


Séparation de corps
Les 34 clichés exposés sont séparés en deux lignes horizontales et les photos fonctionnent deux à deux verticalement soit parce qu’elles racontent la même chose, soit parce qu’elles se répondent l’une, l’autre. Un fonctionnement duel déjà présent dans
le titre de l'exposition : "Girls and American Body".

Une dichotomie qui illustre le propos de Lauren Greenfield : la séparation du moi et du corps. D’un côté, il y a les femmes et de l’autre, leur corps, construction sociale.

L'artiste raconte à travers ces clichés le destin corporel de femmes américaines de l'enfance à l'âge adulte et montre aussi l'évolution du rapport au corps : d'un corps ami et libre, on passe vite à un corps dont on se méfie, que l'on jauge, que l'on juge, que l'on travaille, et puis, le corps devient ennemi, il est combattu, maltraité parfois jusqu’à la destruction. C’est l’histoire d’une mise à distance irrémédiable du corps.

Les photos sont sans concession, elles éclairent d’une lumière crue les affres d’un rêve américain au féminin. Les effets sont parfois choc, une dramatisation à la Michael Moore, que l’on excuse tant la situation apparaît préoccupante.

L'enfance ou les singeries féminines
Corps libre

Le corps de l'enfance est encore libre. Les petites filles sont insouciantes, bien dans leur peau comme des poissons dans l'eau. Mais elles sont déjà assaillies par les codes de la féminité (la petite fille en tutu affalée sur le sofa d'un magasin de chaussures cernée par des talons aiguilles ; les petites filles manucurées, travesties en dame).

Et très vite, face à l'objectif, les filles, encore enfants, ont conscience qu'elles doivent renvoyer une image de la beauté (filles au bord de la piscine).
L’adolescence marque le début de l’expertise corporelle. Et dès qu’ils apparaissent, les seins des jeunes filles sont sous les projecteurs.

En quête de la beauté unique
Corps culturel

Ce sont les bonnes années : les filles sont jeunes, elles ont toutes le sourire. Elles semblent heureuses d’avoir réussi à être toutes les mêmes (le groupe de bridesmaids colorées) !
Toutes peuvent incarner la beauté féminine qu'il leur est vendue comme n’importe quel autre objet de consommation courante.
Déjà, certaines ont craqué en déclarant la guerre à leur corps (la jeune fille filiforme à côté d’un arbre déplumé).
La stimulation sexuelle masculine fait partie des objectifs à atteindre, quitte à être ridicule (la danseuse presque nue avec une plume dans le derrière qui fait son show entre les fauteuils d’un avion) ou à banaliser l’incitation au viol (la fille en maillot coincée entre plusieurs gars sur le regard complaisant de la « bonne copine »).

Restauration du patrimoine
Corps maltraité

A l'âge mûr, les femmes, inquiètes, se retrouvent face à leur miroir, comme au pied du mur. Le corps standardisé est maintenant combattu d'arrachepied-pied et remodelé comme n’importe quel matériau (la femme aux seins affaissés découpée en morceaux par le feutre du chirurgien comme un animal de boucherie).
La chirurgie esthétique fait désormais partie du quotidien des familles de la middle class américaine (la jeune fille, nez refait et masqué par un pansement, assise à côté de son père qui siffle sa bière).
Anorexie et obésité se côtoient dans des corps à la santé sacrifiée (la femme décharnée à la plage qui fait encore des
efforts pour entrer dans son jean "taille 30" ; la jeune fille obèse au regard de cocker en manque d’affection).
L’exposition se termine par des photos de femmes anorexiques, fantomatiques (les photos avant-après d'une ado anorexique qui semble avoir vieilli prématurément) et dont il ne reste plus que le regard pour seul présence corporelle.
C'est l'ultime étape de la distanciation : le corps, inadéquat, est quasiment évacué.

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