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Désordres monastiques


Dans la cuisine du monastère Sainte Marie à Lisieux, sœur Hortense et sœur Margaret confectionnent le repas de midi.
Sœur Hortense s’empare d’une lourde pile de saladiers en terre cuite qu’elle dépose avec précaution sur le plan de travail et commence à la défaire.
Sœur Margaret est assise à table face à trois kilos de petits pois en cosse. Sœur Hortense pose un saladier avec compassion devant Sœur Margaret, cette dernière lui répondant par un gentil regard genufléchi.

L’une après l’autre, soeur Margaret saisit les cosses d’une main molle. De son ongle, elle incise la gangue verte et juteuse pour en dégager le chapelet de petits pois ronds alignés comme des perles qu’elle pousse tels des wagonnets qui atterrissent au fond du saladier en faisant « ploc, ploc, ploc ».

Entre deux cosses, elle regarde vaguement par la fenêtre le jardin du monastère, multicolore, en ce mois d’octobre.

« Tombera, tombera pas ? », se dit-elle. « La feuille rouge de l’érable ou celle, jaune, du tilleul, ou encore la feuille orangé du chêne : qui tombera la première ? »
 
- « Avez-vous vu Sœur Margaret !? Un Rouge-Gorge se régale de nos graines ! Grâce à cette attention, nous aiderons les petits oiseaux à passer l’hiver. »

L’enthousiasme de sœur Hortense sort un instant sœur Margaret de sa torpeur. Elle reprend ensuite sa besogne tandis que Sœur Hortense se lance dans le rangement de quelques gamelles monastiques.

- Sœur Hortense ?
- Oui ?
- Cette nuit, m’est apparu en rêve un satyre cornu, couvert de poils, avec une belle paire de fesses et doté d’un membre très viril. J’ai eu soudain une envie folle de glisser ma soutane entre mes cuisses et de m'abandonner au feu qui me dévorait. Que m’arrive-t-il ?! Sœur Hortense ? Etes-vous, vous aussi, en proie à de telles visions ?!
- Sœur Margaret…, il m’arrive parfois, je l’avoue, que l’archange Saint-Michel m’apparaisse sur une forme iconographique non standard : quelque chose de dur tend sa tunique de soie qui ne me semble pas très catholique…
- Puis-je me laisser aller à de tels désordres ?
- Bien sûr que non !
- Mais que faire alors ?!
- Attrapez votre missel ! Une bonne centaine de pages de lecture sainte seront venir à bout de vos égarements et vous remettront rapidement sur les rails célestes ma soeur !

Résignée mais peu convaincue, sœur Margaret regarde l’oiseau sur la terrasse.

Le piaf picore quelques graines dans l’assiette, jette de rapides coups d'oeil à droite, à gauche - « Y a personne dans la place, c’est nul, j’me casse ! » - et s’éloigne à tire d’ailes.

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