Changement de dé-CORPS
Aujourd'hui, en effet, comme dans d’autres professions du tertiaire, les administratifs ne connaissent que la position assise au travail, une posture renforcée ces dernières années par l’augmentation de la dématérialisation des tâches.
Mais, ce jour-là, la cohorte des agents, tous assignés à cette mission de classement en attendant mieux, se lève de son siège et se met en mouvement, d’un seul homme. Délié de l'astreinte à l’ordinateur, chacun est libre de quitter la position assise pour bouger. Tout le monde transite d’une pièce à l’autre, va et vient, pour classer des documents disséminés un peu partout.
Pour répondre aux exigences de cette tâche, un plein potentiel corporel est nécessaire : s’étirer et tendre les bras au maximum pour atteindre l’étagère la plus haute ou, au contraire, descendre et s’asseoir en squat complet pour placer un papier au ras du sol. Mobilité et souplesse sont sollicitées mais la force est aussi requise pour arriver à glisser des documents dans des dossiers trop pleins.
Obligés de se côtoyer, les agents, s’offrent en pied à la vue de chacun. Il faut passer l’un devant l’autre ou par en-dessous, comme dans une partie géante de Twister. Tout le monde se fait des politesses dans un froufrou de robes de fin d’été caniculaire. Les langues se délient : “Et si on mettait de la musique ?"
Ainsi, malgré le caractère inquiétant de ce moment aux relents de catastrophe, grâce à une tâche désuète amenée à disparaître, l’administration a offert le spectacle d’un ballet fleuri, en opérant, l’espace d’un instant, un changement radical de décor professionnel.









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