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Tony Smith : Architect, Painter, Sculptor




Tony Smith, "Cigarette", 1961. Courtoisie Tony Smith Estate
Cigarette (Photo Nicolas Brasseur)
Profitez de l'été pour voir au Musée des Abattoirs une des plus larges rétrospectives en Europe consacrées à l'artiste américain Tony Smith, figure emblématique de l'art minimal.


Un art de l'objet dans l'espace
Apparu au début des années 60, ce mouvement artistique s'est démarqué de l'expressionnisme abstrait dont le représentant le plus connu est le peintre Jackson Pollock. Les pionniers, dont Ad Reinhardt, souhaitaient débarrasser l'oeuvre d'art d'un maximum de choses.  Exit la représentation, le symbolisme, la sensibilité, la texture, la patte de l'artiste. Uniquement la forme, construite et peinte de façon industrielle selon un procédé prédéfini. L'accent était mis sur la relation entre l'oeuvre et le spectateur/regardeur pour le sortir de sa posture traditionnelle
.
Tony Smith, issu de l'expressionnisme abstrait, se démarque cependant de ce dogme de l'art minimal car une large place est laissée au hasard et à l'inconscient, notamment à travers les titres donnés à ses sculptures.

Architecture, Peinture, Sculpture, ces disciplines qui, selon Tony Smith renvoient aux initiales de son nom complet - Anthony Parker Smith -, s'entrecroisent  et communiquent entre elles au fil de l'exposition.
 
Architecture dans un espace mental
The Keys to Given !
Face aux sculptures, on effectue un jeu de construction mental. On imagine des combinaisons, des imbrications de formes. Car on reconnait des éléments de base : tétraèdres, octaèdres, cubes,... A l'espace physique des oeuvres de Tony Smith s'ajoute donc un espace mental.
Ce travail de construction, proche d'un jeu de Tangram, est essentiel dans l'oeuvre de Tony Smith. Enfant, atteint de tuberculose et isolé du reste de sa famille pendant un temps, il passe sa quarantaine à assembler des cubes. Plus tard, il fera un début de carrière comme architecte auprès de Franck Lloyd Wright, héritier du Bauhaus et spécialiste des volumes en béton affranchis de murs porteurs traditionnels.

Peinture : Espace 2D/3D
Est-ce lié à l'absence de courbe ? Mais quand on se promène autour des sculptures de Tony Smith et que l'on s'arrête de temps à autre, on remarque qu'on peut mettre les volumes à plat. Ils sont réductibles à des figures géométriques simples : triangles, rectangles, carrés. La circulation du regard transforme ainsi les sculptures en une succession de tableaux dont le support serait virtuel.
Issu de la série des Louisenberg
L'a-plat et le volume sont en constante communication dans les sculptures mais aussi dans les tableaux de Tony Smith dont les formes imbriquées, organiques semblent prêtes à être mises en volume.

Throwback

La couleur bien que souvent monochrome a toute son importance. Le fini impeccable et homogène des sculptures implique que la variation de la couleur est uniquement liée à l'incidence de la lumière. Tout le volume de la sculpture semble fait pour la recevoir. La lumière glisse sur les surfaces comme Marie-Pierre Casey sur sa table de conférence vernie. La lumière entre en scène pour exposer, assombrir, refléter un noir qui devient magique.

Sculpture et nous

Die
Les oeuvres monumentales comme "CIGARETTE" nous aspirent ; on aimerait se loger dans la boite noire "DIE" construite sur les dimensions de l'Homme de Vitruve de Léonard de Vinci et on circule à loisir autour des gros cristaux WANDERING ROCKS.
Oeuvre monumentale, objet ou oeuvre à dimension humaine, Tony Smith nous place dans des différents rapports d'échelles. 
Wandering Rocks (photo Nicolas Brasseur)



Le parcours que propose le Musée des Abattoirs jusqu'en septembre autour des oeuvres de Tony Smith est à la fois une belle découverte plastique et une invitation à des expériences singulières. Ces oeuvres statiques mettent pourtant en mouvement le spectateur physiquement et mentalement.


Référence :
Eric Vidal (historien d'art), "Sculpture et art minimal : autour de Tony Smith" conférence donnée le 15 juin dernier, à l'Auditorium des Abattoirs.

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