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Marseille 2013 : le MAC fait le Pont




Du 25 mai au 20 octobre prochain, l’exposition « Le Pont » prend pied au MAC de Marseille et se prolonge dans différents lieux de la cité phocéenne avec les œuvres connues ou inédites de 145 artistes venus du monde entier.

Le thème de cette exposition est «l’aventure et le lien avec le monde post-colonial d’aujourd’hui». Les œuvres retracent les conséquences de l’histoire, l’exil, les migrations, les rencontres, les différents habitats.

On ne pouvait pas rêver meilleur sujet d'exposition pour la capitale européenne de la culture 2013. Ville d’accueil de migrants originaires du bassin méditerranéen, Marseille est au carrefour de toutes ces histoires humaines. Plusieurs artistes y font référence : Thomas Mailaender avec ses voitures surchargées de bagages d’immigrés retournant au pays (Cathedrals cars, 2009) ; Beat Streuli avec ses photos sur écran géant du Marseille de la Coupe du monde de football 1998 (Marseille 98) et Anke Doberauer avec son bain de mer (Balende, 2009) qui fait penser à une journée d'été à la plage du Pharo.
Balende, 2009
Marseille Vieux Port, 1929



Les deux premières vidéos présentées sont des documentaires des années 30 et 40. Lazslo Moholo-Nagy (Marseille Vieux Port, 1929) fait face à Helen Lewitt (In the Street, 1938-1948). L’un filme le Vieux Port de Marseille, l’autre les rues de New-York. L’effet "miroir" entre les deux documents est frappant. Ce sont les mêmes pauvres gens, des gens de la rue : des gosses en guenille qui font les fous à New York, des habitants du Panier qui font griller des sardines au milieu des décombres.



Home to go, 2001


Ces gens qui n'ont rien ou pas grand-chose sont au cœur de l’exposition.
Ils n’ont pas de pouvoir ; ils subissent les conséquences des guerres, de la dictature, des redélimitations de frontières, des crises économiques ou les effets de la mondialisation. France, Iran, Algérie, Serbie, Liban, Amérique du Nord, Afrique,..., ici ou ailleurs, passé ou présent, leur destin se ressemble. Ils fuient ou on les chassent, ils survivent dans des pays dévastés ou privés de liberté ou bien ils tentent leur chance ailleurs. Ils ne cherchent pourtant qu’à vivre quelque part.
Dans Home to go d’Adrian Paci, un homme porte sur son dos ce lourd fardeau du foyer à trouver.
C'est dans ce foyer que les souvenirs s'accumulent, comme ceux d'Andy Warhol préservés, année après année, dans des cartons appelés Time Capsules, dont l'un d'eux est exposé pour la première fois.
Péripherical Communities Dakar, 2005


Les artistes portent un regard à cette humanité invisible, ils donnent la parole aux sans-voix. Mélik Ohanian nous oblige à chercher le bon écouteur pour entendre la parole de plusieurs africains (Péripherical Communities Dakar, 2005). Bruno Boudjelal filme dans leur canot des candidats à l'immigration traversant le Détroit de Gibraltar.






Can't Put My Finger, 2010


Les artistes décrivent un monde au bord de l’embrasement. Gal Weinstein avec ses dessins de feux ou Claire Fontaine avec son mur des lettres encore fumantes : « THEY HATE US FOR OUR FREEDOM ».
They hate us for our freedom


Une liberté qui n’est plus une valeur phare. Danh Vo expose les énormes morceaux de cuivre d’une Statue de la Liberté démontée (We the People, 2010-2013), image d’un idéal qui ne fait plus sens.

2000 - 2012

L'analyse de la situation actuelle est d’une grande acuité. Dan Perjovschi dans son installation, 2000 – 2012, écrit :
« AFTER COLD WAR, GLOBAL WARMING »
“ CAPITALISM IS BAD. COMMUNISM IS BAD. CHINA IS GOOD.”

Les artistes prennent le contre-pied d’un discours bienséant, politiquement correct pour tracer simplement les injustices du monde actuel.




France Algérie : images, 1998
("I have a dream...Independance")


Marc Quer confronte le discours colonial en Algérie et le point de vue de l'Homme de la rue en mettant à disposition des affiches de propagande dans un quartier d'immigrés de Marseille. Il révèle à la fois une opinion brute mais juste de l’histoire de l’Algérie française.

La propagande confrontée à la réalité est aussi le sujet de l’oeuvre The Six Grandfathers, Paha Sapa, in the Year 502,002 de l'américain Matthew Buckingham. Face à l’image des présidents américains gravée sur les Black Hills, il oppose les faits implacables de la spoliation des territoires sioux par les Blancs. On comprend que la construction des mythes fait oublier les sales histoires.



Vacation, 2000



Mais l’humour a aussi sa place dans ce manifeste politique. Yinka Shonibare met en scène les premiers pas sur la Lune d’une famille d’astronautes entièrement vêtus de WAX africain.





Me in 2001 / Me in 2002 / Me in 2003





Les vidéos de Ghazel sur sa vie de femme en Iran sont empreintes d’un humour mélancolique irrésistible. Dans une scène intitulée Homework, elle entre, voilée, dans une cuisine avec une planche à découper et un couteau de cuisine à la main. Elle accroche la planche au mur et s’entraîne au lancer de couteau... Dans une autre scène en bord de la mer, elle avance péniblement au milieu des rochers à cause de son voile et puis on la voit de dos allongée exhibant deux grandes palmes telle une sirène camouflée.





Dhyana (sansskirt), 2009



Chez Mayura Torii, l’effacement de la femme devient littéral. Dans sa photo Dhyana (sansskirt), les vêtements sont totalement expurgés du corps de la femme ne laissant au sol que la forme aplatie d’une fleur.













Daybed, 2008

La recherche plastique est présente. Mona Hatoum avec les oeuvres Jardin suspendu (vu à Toulouse) et Day Bed (2008), son lit de Fakir transpercé d’impacts de balles.



Jarg Geismar suspend dans le vide un ensemble de bouteilles chargées d’un message rouge.
Message in the bottle, from-me-to-you, 2013 (Photo Nathalie Ammirati)
Untitled, 2005


On est fasciné aussi par le travail de Robin Rhode sur les différents médias entre tag et animation.











Everything is going to be allright, 2007




Certaines œuvres sont symboliques comme la vidéo-performance de Guido van der Werve dans laquelle un homme avance seul sur la banquise suivi par un énorme brise-glace, image de l’impact de l’activité industrielle humaine sur l’environnement et de la fragilité de l’être humain face à ses propres productions.








Cette exposition au MAC à Marseille permet de saisir le dynamisme de la création artistique actuelle et de comprendre que l’art contemporain n’a pas perdu sa dimension politique. La recherche artistique n’est pas que fondamentale, les artistes sont en prise avec le monde actuel. Ils réagissent à ce qui les entoure. Ils nous donnent à voir une réalité non aseptisée par les stratégies de communication qui dominent l’espace médiatique. Face à un monde rendu inintelligible, ils créent un pont entre notre vie et celle des autres.


Liste des artistes exposés :
Mathieu Kleyebe Abonnenc - Marina Abramovic – Absalon – Vito Acconci – Dennis Adams – Saâdane Afif – Nevin Aladag – Jennifer Allora & Guillermo Calzadilla – Maria-Thereza Alves – Francis Alÿs – Maayan Amir & Ruti Sela – Carlos Amorales – Eleanor Antin – ASCO (Harry Gamboa Jr, Gronk, Willie Herrón,Patssi Valdez) - Kader Attia – Kurdwin Ayub – Yto Barrada – Yaël Bartana – Jean-Michel Basquiat – Mustapha Benfodil – Guy Ben-Ner – Hicham Benohoud – Faouzi Bensaïdi – Urusula Biemann – Binelde Hyrcan - Julien Blaine – Fouad Bouchoucha – Bruno Boudjelal – Christophe Bourguedieu – Mohamed Bourouissa – Lonnie van Brummelen & Siebren de Haan – Matthew Buckingham – Marie-José Burki – Giuseppe Caccavale & Erri de Luca – CAMP (Shaina Anand, Sanjay Bhangar, Ashok Sukumaran) – Mircea Cantor – Chen Zhen – Danica Dakic – Silvie Defraoui – Ad van Denderen – Monique Deregibus – Amélie Derlon Cordina – Mati Diop – Anke Doberauer - Marlène Dumas – Jimmie Durham – Olivier Dury – Harun Farocki – Mounir Fatmi – Claire Fontaine – Peter Friedl – Jårg Geismar – Mariam Ghani – Ghazel - Felix Gonzales-Torres – Douglas Gordon – Laurent Grasso – Ion Grigorescu & Catherine Kiss – Brion Gysin – Mona Hatoum – Camille Henrot – Ralf Homann – Chourouk Hriech – Huang Yong Ping - Pierre Huyghe – Ismaël, Youssef Chebbi & Ala Eddine Slim – Alfredo Jaar – Christian Jaccard – Ihab Jadallah – Olivier Jobard – Valérie Jouve - Ilya & Emilia Kabakov – Karim Kal – Katia Kameli - Hüseyin Karabey – William Kentridge – Rustam Khalfin & Julia Thikonova – Kimsooja - Daniel Knorr – Helen Levitt – Erik van Lieshout - Thomas Mailaender – Cildo Meireles – Olivier Menanteau – Amina Menia – Lazlo Moholy-Nagy – Gianni Motti - Baudouin Mouanda – Rabih Mroué – Antoni Muntadas - Stéphanie Nava – Malik Nejmi – Melik Ohanian – Roman Ondàk – Gabriel Orozco – Yazid Oulab – Adrian Paci - Jafar Panahi – Claudio Parmiggiani -  Jean-Marie Perdrix – Dan Perjovschi – Mathieu Pernot – Marc Quer – Khalil Rabah – Younès Rahmoun – Robin Rhode – Tracey Rose - Roee Rosen – Anri Sala – Ilana Salama Ortar – Fernando Sánchez Castillo - Zineb Sedira – Roland Sejko - Bruno Serralongue – Shen Yuan – Shimabuku – Yinka Shonibare MBE – Ian Simms – Simon Starling -  Susanne Strassmann & Eric Maillet - Beat Streuli - Fiona Tan -  Barthélémy Toguo – Mayura Torii - Tatiana Trouvé – Tsai Ming-Liang – Oscar Tuazon – Mitja Tusek – Danh Vo - Kelley Walker – Andy Warhol – Apichatpong Weerasethakul – Guido van der Werve – Gal Weinstein – Yan Pei-Ming – Akram Zaatari & Liliane Giraudon 


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