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Victor Alimpiev et Rot Front


Victor Alimpiev, un vidéaste russe, exposait trois de ses œuvres à la Galerie Sollertis du 15 avril au 22 mai derniers.

Rot Front
Motor Empathy la vidéo Rot Front (court-métrage muet en couleur d’une durée de 11’36’’) attirait particulièrement l’attention par sa construction et son intensité dramatique.


Image bipolaire
Dans cette œuvre, l’image est constituée de deux plans ou niveaux qui s’opposent. L’arrière plan de la vidéo est une composition de « corps », seuls objets dans le champ, avec peu de profondeur de champ. Plusieurs personnages sont rassemblés en cercle dans un petit espace et apparaissent, de face ou de dos, soit en gros plan, soit en plan rapproché selon qu’ils sont placés loin ou non de la caméra.
Cet arrière-plan se caractérise par son unicité. Une unicité formelle, avec la récurrence des silhouettes corporelles (buste/tête ; torse/tête ; tête) constituant néanmoins un ensemble dynamique, et une unicité quasi monochromatique des vêtements des acteurs, baignés dans une belle lumière blanche. Ce plan symbolise l’unité du groupe.
Le premier plan est une composition de lignes de force dessinées par les regards, soit échangés, soit introspectifs ou encore qui se détournent, mais aussi les lignes des mouvements de bras, de têtes ou de bustes. Ce plan s’oppose à l’unicité de l’arrière plan par la multiplicité de ces lignes qui partent dans toutes les directions obligeant une circulation du regard du spectateur. Ce plan définit l’action.

Danse des corps
A cela s’ajoute, le caractère mouvant de la composition. C’est comme si les acteurs rejouaient lentement, tout au long de la vidéo, la mise en mouvement de leurs corps réunis, comme une succession d’arrêts sur image qui se réajusteraient dans une sorte de danse des corps.
L’unité de l’arrière plan, la circulation du premier plan, la mise en mouvement de l’ensemble, tous ces éléments produisent une densité et un dynamisme de la composition de l’image.

Révolution
L’intensité dramatique mise en scène par Victor Alimpiev dans cette oeuvre muette, complète ce tableau mouvant.
En premier, le spectateur est placé par la caméra subjective au cœur du groupe, comme s’il assistait à ce qui était en train de se dérouler.
Ensuite, la grande proximité des corps génère une émotion, c'est l'axe central du travail d’Alimpiev que l’on retrouve dans les deux autres œuvres présentées à la Galerie Sollertis. Nous sommes dans la sphère intime des personnages, avec des gros plans sur les visages, les têtes, les nuques. Une proximité renforcée par le peu de profondeur de champ qui annihile les distances entre les personnages.
Enfin, les gestes, les mouvements, la communication dense des regards, l’expression grave des acteurs dessinent une action, des dialogues muets, expriment des dissensions, des émotions. Tout cela raconte l'implication d’hommes et de femmes à un moment décisif de l’histoire. Peut-être la révolution russe.

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