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Dancing


Elle était sortie danser, comme tous les vendredi soir, en quête de rencontres, de sensations, enfin, au minimum, de « bonnes sensations », comme disent les sportifs. Quarante-cinq ans, célibataire endurcie, encore à la recherche de l’éternel amour qui ne vient pas, elle était sophistiquée, toujours sur son 31, l’œil rivé sur le galbe impeccable de ses cuisses et le pouvoir d’attraction de sa chute de reins.

La soirée était morose. Elle promenait ses fesses d’une chaise à l’autre et ses hanches entre l’étage et le rez-de-chaussée. Elle avait tout de même invité un septuagénaire sympa pour un mambo, un de ces vieux routards de la danse de salon, force tranquille, qui danse millimétré. Elle avait dansé un quick step, un tango et une valse lente avec des pénibles. Descendue pour boire un verre, il était là.

La cinquantaine bedonnante dans une chemise de belle facture, élégant, les cheveux blancs nacrés coiffés en arrière. De petits yeux bleus surmontés de sourcils noirs et plantés dans un visage puissant avec quelque chose en provenance directe de l’époque napoléonienne. On l’imaginait facilement examinant un plan de bataille en vue d'une offensive. « Qu’est-ce qu’il pouvait bien faire dans la vie, celui-là ? »

Elle avait eu l’occasion de danser avec lui il y a quelques mois. Ca se fait. Les anciens invitent les débutants, histoire qu’ils ne soient pas complètement dégoûtés. Lui, il n’arrivait pas à s’y mettre. Semblant paralysé par la peur, il renonçait, préférant la compagnie des hommes, une bière à la main. Il faut dire qu’il en faut du courage au début : montrer son inexpérience, affronter la déception de sa partenaire, les silences gênés, s’exposer aux conséquences d’un geste malheureux...

Gentiment ironique, elle lui proposa de voir ses progrès en rock. Il accepta, décidé. Et il avait tout compris : les mains qui jouent l’une avec l’autre, le maintien sans tension, le sens du rythme. C’était comme si on lui avait révélé quelque chose qu’il savait déjà. Odette, une autre pointure qui avait usé ses escarpins sur les pistes bien avant la Fièvre du Samedi Soir, y était pour quelque chose. Elle l’avait pris sous son aile et, moins impressionné, il avait progressé.

Il se transformerait peut-être un jour en « matador » des dancing, pantalon et chemise noirs ou bordeaux, ayant dompté la bête en soi et capable de dominer la bête en face. Mais pour l’instant, il avait l’humilité attendrissante des défricheurs ou de ceux qui balbutient dans une langue étrangère.

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