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La traque


Je remue la terre et les feuilles avec mon groin, je cherche quelque chose à manger dans l’air frais du matin. Qu’est-ce que je vais me mettre sous la dent aujourd’hui ?
Le goût, l’odeur de la terre, le bruissement des feuilles qui volent autour de moi quand je trace. Tout sera intégralement retourné, exploré, mis à jour. Une bonne heure d’activité.

Des bruits de portière, des voix, les aboiements des chiens. Ils sont là, ils sont nombreux : les chasseurs. J’entends leurs rires. Une formalité, à vingt, de déloger un sanglier. Après, c’est sûr, il faut le mettre en joue, ne pas le rater...
Je connais tout ça, j’ai réussi à m’échapper deux fois.

Que faire ?
On arrête tout. Il faut fuir, absolument s’en sortir.

Ils se mettent en ordre de bataille, le chef envoie les uns, les autres, à chaque coin du bois.
Je suis un nuisible. Qui me pleurera ? On est trop nombreux.

Mais je suis taillé pour foncer. Mon corps massif est profilé pour la course à haute vitesse. Mes pattes sont courtes mais puissantes et ma grosse tête dure et féroce, penchée en avant, peut tout défoncer.

Un coup part à côté, ils sont à droite, ils m’ont vu. Changement de trajectoire, je vire à gauche décrivant un grand arc de cercle. J’entends le boucan de la meute de chiens excités qui se rapproche de moi.
Je galope, je galope.
Je connais toutes les trouées à travers les fourrés, les raccourcis. Tous ces petits chemins, ça n’a pas de secret pour moi. C’est mon domaine. Je sais où étancher ma soif, dénicher les châtaignes, les faines, les champignons, je connais les meilleurs endroits où me vautrer et les arbres qui grattent bien le dos.

Dans ma course folle, les ronces prélèvent des touffes de mes poils drus colmatés de boue, je bouscule les arbrisseaux et mes flancs se râpent à la dure écorce des arbres. Un ravin : je prends mon élan, je saute. Je me rate. Je me récupère in extremis.

Là ! La route : la Grande Bleue ! Vite, après c’est l’autre forêt, peut-être qu’ils n’y sont pas encore ! Peut-être que je vais m’en tirer !
« PAN ! »
Puis le silence, puis les cris de victoire et les pas des chasseurs qui accourent.
« Quelle belle bête ! » « Il est encore tout chaud... »

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